Tous égaux devant le coronavirus: pas vraiment! (Partie 1)

Par Michel Bouchard

«Ce qui est vieux meurt, ce qui est nouveau lutte pour naître, et dans l’interrègne, nombreux sont les symptômes morbides.»

Antonio Gramsci,

Quaderni del carcere, 1930.

 

Il y a de ça quelques années, j’ai terminé une maîtrise en enseignement de l’histoire à l’université de Sherbrooke. Hélas, seulement trois personnes ont lu mon essai: mon professeur, Tristan Landry, le correcteur et moi-même. La thèse que j’ai développée était tirée des différents ouvrages de Joseph Stiglitz qui a été  vice-président de la Banque mondiale, conseiller économique de Bill Clinton et récipiendaire du prix Nobel de l’économie en 2000. En substance, dans cet essai, j’ai développé la thèse suivante: les échecs de la mondialisation sont attribuables au modèle néolibéral issue du consensus de Washington. (Vous pouvez cliquer le lien précédent pour lire mon essai.(Bon courage)  Selon Stiglitz, il ne faut pas remettre en question la mondialisation, elle était inévitable.  C’est la façon dont elle a été conduite qui a fait défaut. Elle a été vectrice d’inégalités disgracieuses, tant à l’échelle nationale des pays développés, qu’à l’échelle internationale. La crise du coronavirus nous offre, encore une fois, un laboratoire à ciel ouvert pour observer ces inégalités. 

P.S. J’ai écrit un article sur le sujet en 2017. Les inégalités dans la répartition des richesses.

Dans les pays développés

Les réactions à cette crise sont nombreuses dans les pays développés. Ces pays ont déployé un arsenal impressionnant pour soutenir les citoyens, pour qu’ils puissent passer à travers ce péril insidieux. La crise nous permet d’observer de grandes inégalités dans notre société. Il y a les riches et il y a les pauvres. Ceux qui passeront à travers cette crise sans trop de problèmes et qui en profiteront pour faire des choses qu’ils n’avaient jamais le temps de faire. Ceux qui peineront pour joindre les deux bouts, parce que frappés par une perte de revenus importante. Cette catégorie de personnes sortira de cette crise traumatisée, car elle devra se serrer la ceinture pendant des semaines, voir des mois et sera dépendante de  l’aide des gouvernements.

Rester à la maison est un privilège. La distanciation sociale est un privilège (titre emprunté dans l’article suivant:)

Aux États-Unis, les Noirs et les plus pauvres touchés de plein fouet par l’épidémie. https://www.courrierinternational.com/article/inegalites-aux-etats-unis-les-noirs-et-les-plus-pauvres-touches-de-plein-fouet-par-lepidemie

À l’exception de quelques pays, dont la Suède, les dirigeants ont adopté une stratégie de confinement pour lutter contre la pandémie. Toutefois, ce concept fortement encouragé par nos gouvernements est un concept qui est beaucoup plus facile à appliquer dans les foyers nantis.  Il ne faut pas oublier que des millions d’enfants, dans les pays développés, dépendent de l’aide du gouvernement pour prendre au moins un bon(ou un seul) repas par jour et qu’ils prennent ce repas à l’école. Dans ce contexte, le confinement poussera bien des gens dans l’insécurité alimentaire. En fait: l’isolement, est une affaire beaucoup plus facile à faire pour les riches, car les familles à faible revenu, vivent dans des espaces restreints, doivent emprunter le transport en commun pour se déplacer et peinent à soutenir leurs enfants dans leurs travaux scolaires, sans oublier le fossé important entre les enfants qui fréquentent les institutions publiques et les institutions privées, notamment au Québec. Au sortir de cette crise, il ne faudra pas s’étonner de voir une augmentation du décrochage et des difficultés scolaires et donc de voir une augmentation des disparités économiques à moyen terme.

La pause économique

Devant la logique de cette pause économique, il y aura des drames humains, car  les dettes contractées devront être honorées. Plusieurs institutions financières ont commencé à proposer leur aide pour soulager les citoyens. Reports de paiements d’hypothèque et de carte de crédit. Au bout de la course, les intérêts vont continuer de courir et les institutions financières ne perdront pratiquement rien. Ce sont les citoyens qui en ressortiront plus endettés. Il ne faut pas oublier, que les six plus grandes institutions financières au Canada, ont générées pour 46,6 milliards$ de profits en 2019 et qu’elles ont reçu 114 milliards$, entre 2008 et 2010, du gouvernement canadien pour passer à travers la crise de 2008.(Aux États-Unis ce sont des montants titanesques)  Elles offrent donc aux citoyens, de la fausse aide. Il s’agit plutôt de quelque chose comme une manœuvre politique pour donner l’illusion à la société qu’elles font leur part. Il ne faut pas être dupe… Au final, la perte de revenus sera dévastatrice pour les petits budgets, car il n’y aura probablement pas beaucoup de reports pour le paiement du loyer. C’est ici que s’arrête la logique de la pause économique. Il y a un loyer qui est à échéance et une épicerie à faire et mon propriétaire à une hypothèque à payer et une épicerie à faire. Qui va l’emporter selon vous?

Ma peur avec cette crise, c’est l’exacerbation des inégalités qui sera elle créatrice d’instabilité dans plusieurs grandes démocraties.  Notre société s’en trouvera complètement transformée au niveau économique et social. En 2008, le modèle néolibéral avait été lourdement écorché, mais les  interventions gouvernementales sans précédent de 2020 marqueront probablement la fin de ce modèle économique, catalyseur d’inégalités.

P.S. Dans le prochain article, je parlerai des inégalités devant la pandémie, d’un point de vue global.

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