Le bilan de l’année 2019

Par Michel Bouchard

  1. Donald Trump et les États-Unis
    1. Le shutdown: Le début de l’année a commencé sur des chapeaux de roues pour les Américains, car le gouvernement a été paralysé près d’un mois. Une paralysie survient lorsque les élus démocrates et républicains ne sont pas capables de s’entendre sur le budget de fonctionnement du gouvernement. Ces mésententes sont généralement causées par des luttes idéologiques. Dans ce cas, c’est la volonté de l’Administration Trump de financer, à la hauteur de cinq milliards de dollars,  la construction ou plutôt la finition du mur entre les États-Unis et le Mexique. Évidemment, les démocrates y étaient opposés et les employés du gouvernement ont été poussés au chômage. Finalement, l’Administration Trump a trouvé une manière de financer son projet, en décrétant l’état d’urgence nationale. Dans ce contexte, il n’a pas à demander l’approbation du Congrès et peut s’abreuver dans les budgets colossaux du Pentagone;
    2. Le rapport Mueller: Cette affaire qui traîne dans l’actualité depuis l’élection de Donald Trump en 2016, avait pour objectif d’enquêter sur la possible ingérence de la Russie dans l’élection. Les conclusions de Mueller sont les suivantes: La Russie a bel et bien manœuvré pour favoriser l’élection de Trump, mais il n’a pas été possible de relier le Président lui-même à l’affaire, malgré des apparences de collaboration. Ce document ne permettait donc pas aux démocrates d’ouvrir une procédure de destitution, mais ce n’était que partie remise…
    3. La destitution et l’affaire ukrainienne: Les démocrates déçus par les conclusions du rapport Mueller ont rapidement pu sauter sur un autre os. En effet, c’est un lanceur d’alerte, oeuvrant au sein de la communauté du renseignement américain, qui s’est inquiété du contenu d’une conversation téléphonique entre le Président américain et le Président ukrainien Zelensky. Dans cet échange téléphonique du 25 juillet, Trump a essayé d’influencer Zélensky pour qu’il ouvre une enquête sur les activités du fils de Joe Biden en Ukraine, en évoquant la possibilité de geler le soutien militaire américain à l’Ukraine. À partir de là, les démocrates ont ouvert une procédure de destitution le 9 septembre, pour tentative de corruption d’un dirigeant étranger. À moins d’un an de la prochaine présidentielle, il serait étonnant de voir la procédure de destitution aboutir. Toutefois, ça pourrait être l’élément pour pousser Donald Trump à ne pas se représenter pour l’élection de 2020;
    4. histoires de fusillades (Ohio, Texas…): 9 morts et 27 blessés en Ohio et 20 morts et 26 blessés au Texas…Ces deux fusillades du mois d’août ont été les plus marquantes de l’année, celles qui ont remis le contrôle des armes à feu à l’avant-scène, mais…Rappelons des faits: en 2017, les armes à feu ont fait 40 000 morts aux États-Unis. Si tout le monde possédait une arme, il est évident que nous serions tous plus en sécurité…
    5. Retrait américain en Syrie et bombardements turcs: Décision surprenante des Américains, lorsqu’ils ont annoncé leur retrait du nord de la Syrie. Dès lors, le gouvernement turc a répliqué en bombardant des positions kurdes du nord de la Syrie. À titre indicatif, les rebelles kurdes sont ceux sur lesquels la coalition internationale s’est appuyée pour combattre l’EI. Maintenant que ce groupe terroriste a été chassé de la Syrie, nous laissons à eux-mêmes ce groupe maltraité par l’histoire. Une minorité ethnique malmenée en Syrie, en Arménie, en Irak, en Iran et surtout en Turquie. Ils sont particulièrement ciblés par le régime de Recep Erdogan, en raison des activités du PKK(Parti des travailleurs du Kurdistan) qui est un parti indépendantiste kurde en Turquie et qui est considéré comme terroriste par le gouvernement turc.

(Ci-dessous une carte du Kurdistan)http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/kurdistan_carte.htm

  1. L’affaire Huawei: C’est l’histoire de Weng Manzhou, dirigeante du géant chinois des télécommunications, qui a été arrêtée au Canada à la demande des autorités américaines. Ceux-ci la soupçonnent d’avoir violé les sanctions commerciales imposées à l’Iran. Depuis son arrestation, les relations sino-canadiennes se sont détériorées et ont mené à l’arrestation de trois citoyens canadiens en Chine et à des manoeuvres de rétorsions économiques dans les industries porcine et avicole.
  2. Crises politiques: 
    1. Venezuela: C’est au mois d’avril qu’une lutte pour le pouvoir s’est engagée dans ce pays pétrolier de l’Amérique du Sud frappé par une problématique d’hyperinflation. Le Président Maduro réélu en 2018 dans un contexte de manipulations et d’irrégularités électives a été mis en péril par l’autoproclamation du leader de l’opposition Juan Guaido. La crise a pris de l’ampleur lorsque près de 50 pays, dont les États-Unis, ont reconnu le nouveau président. Toutefois, l’armée n’a pas lâché l’héritier autoproclamé de Chavez, Nicolas Maduro.   
    2. Chili: Selon plusieurs observateurs, ce pays est l’un des plus stables et développés de l’Amérique du Sud. Toutefois, une série de décisions gouvernementales, comme l’augmentation substantielle du ticket de métro et la réaction musclée du gouvernement à des manifestations ont mis le feu aux poudres. Ces éléments sont évocateurs de deux traumatismes: un pouvoir d’achat anémique pour une très grande proportion de la population, gracieuseté des politiques mises en place par les «Chicago Boys»  et les souvenirs douloureux de la dictature de Pinochet. Tout ceci a poussé le gouvernement de Sebastien Pinera à annuler la COP 25. 
    3. Hong Kong: La révolte gronde dans ce territoire semi-autonome de la Chine, depuis que le gouvernement hongkongais a décidé de mettre sur la table un projet d’extradition de fugitifs chinois. Ce projet de loi a été vu par les leaders de la société civile de Hong Kong, comme une atteinte à leur démocratie. Au moment d’écrire ces lignes, des étudiants  sont engagés dans une lutte à finir avec les autorités chinoises, malgré l’abandon de la réforme citée plus haut. Plusieurs y voient une tentative chinoise pour briser la démocratie de ce territoire qui a été remis par la Grande-Bretagne à la Chine en 1997.
    4. Bolivie: C’est dans un contexte politique particulièrement tendu, où l’armée a lâché le Président Évo Morales, que celui-ci a dû démissionner et demander l’asile politique au Mexique. Il dirigeait le pays depuis 2006 et était contesté depuis qu’il avait perdu un référendum sur la possibilité de représenter pour un troisième mandat. C’est la Cour Suprême du pays, dans une décision litigieuse, qui avait permis à ce premier dirigeant indigène d’y aller pour ce nouveau mandat. Dès lors, sous les pressions de Washington et de la droite, la situation s’est envenimée pour provoquer ce que plusieurs appellent: « un coup d’État»;
    5. Liban: Après avoir échappé au Printemps arabe de 2011, les gens sont descendus dans les rues suite à l’annonce d’une nouvelle taxe sur l’application What’s app. Cette contestation a conduit à la démission du président Saïd Hariri. Qu’est-ce qui explique tout ça? Inflation galopante; corruption endémique du pouvoir; chômage élevé(20%); endettement du pays(156% du PIB et troisième au monde); disparition de la classe moyenne. Ce mouvement inédit, car interreligieux, a poussé la population à demander des réformes à leurs dirigeants religieux au pouvoir. Même le Hezbollah chiite, qui avait toujours conservé son aura, peine à convaincre le peuple de sa virginité. (Informations tirées de l’article de Marie-Ève Bédard de Radio-Canada: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1408601/gros-plan-crise-politique-liban
    6. Haïti: Une énième crise politique dans ce pays des Caraïbes. C’est l’affaire PetroCaribe qui est l’événement déclencheur de cette crise. PetroCaribe, c’est une alliance entre le Venezuela et les pays des Caraïbes pour la fourniture de pétrole à un taux préférentiel. Selon les plaignants, il y aurait eu une dilapidation de fonds publics à la hauteur de 3,8 milliards de dollars américains. Le Président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse, peine à ramener le calme, car son gouvernement est accusé de corruption et que la confiance des habitants à son égard est très faible, car lors de son élection en 2017, seulement 21% des électeurs s’étaient déplacés;
  3. La saga du Brexit: Une année remplie d’émotions en Grande-Bretagne. Après de multiples tentatives pour conclure le Brexit, Theresa May a été contrainte de démissionner de son poste pour laisser sa place au  Trump britannique, Boris Johnson. Celui-ci, adepte d’un Brexit dur*, n’a pas pu réaliser son objectif. Dans ce contexte, il a décidé de jouer son va-tout en demandant la dissolution de la Chambre pour la tenue d’élections qu’il a remportées avec une majorité écrasante. Près de deux ans et demi après le référendum gagnant sur le Brexit, le doute subsiste toujours, mais la victoire des conservateurs va permettre à Johnson de réaliser sa promesse de campagne: une sortie de l’Union européenne le 31 janvier 2020.
  4. Les attentats de l’année:
    1. Christchurch en Nouvelle-Zélande: Une attaque terroriste perpétrée dans deux mosquées a fait 50 morts et 50 blessés. Au-delà de cette tragédie humaine, c’est le mode opératoire de l’agresseur qui fait réfléchir, car ces fusillades ont été visionnées par des milliers d’internautes par l’entremise de l’application Facebook Live. Du voyeurisme dérangeant et une entreprise qui a perdu le contrôle de sa machine. Vous vous souvenez sûrement du Dr Frankenstein ?
    2. Massacres au Sri Lanka: Au mois d’avril, c’est le Sri Lanka qui a été frappé par une série d’attaques à la bombe en quelques heures. Les terroristes, n’ayant pas revendiqué les attentats, ont semé la terreur et la désolation en s’attaquant à des églises catholiques et à trois hôtels de luxe. Bilan: 290 morts et plus de 500 blessés.
  5. Mort du chef du groupe armé État islamique Abou Bakr Al-Baghdadi: Le calife autoproclamé du califat de l’E.I. en Syrie et en Irak a été tué par un raid américain dans le nord de la Syrie. Le calife est responsable de plusieurs dizaines d’attentats en Irak et en Syrie. Il était l’homme le plus recherché de la planète et il s’agit du trophée de chasse 2019 de l’Administration américaine. Le calife est mort: vive le calife! Son nom:  Abou Ibrahim al-Hachemi al-Qourachi; 
  6. L’incendie de Notre-Dame de Paris: C’est le 15 avril que va éclater un incendie qui va détruire la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Le temple vieux de sept siècles est le monument le plus visité de France avec ses 13 millions de visiteurs. Sa destruction a provoqué des élans de générosité, afin de pouvoir rebâtir ce monument mythique. En effet plus de 1 milliard de dollars ont été ramassés et le défi des prochaines années sera de s’entendre sur la reconstruction.
  7. 75e anniversaire du débarquement de Normandie: Le 6 juin 1944, les alliés débarquèrent en Normandie pour dans ce qui a été l’événement marquant dans la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Une opération de grande envergure qui va permettre aux forces alliées de reprendre pied sur la France et pouvoir avancer jusqu’à la chute de Berlin en avril 1945.
  8. Difficultés des médias écrits: Les médias écrits connaissent des difficultés sans précédent. Le coeur de la problématique se retrouve dans le financement de leurs activités. Avec l’avènement d’internet et le développement de géants du Web(GAFA) les utilisateurs se sont habitués à consommer de l’information gratuite.** Les gens ne s’abonnent plus aux journaux, car il faut payer et les annonceurs n’ont plus d’intérêts à s’afficher. Ils délaissent donc ces médias et consacrent leur budget de publicité à des endroits plus payants et plus ciblés. Dans ce contexte, il y a un manque de financement qui cause la perte des médias écrits et par la bande, met en danger la démocratie.
  9. L’Amazonie en feu: C’est une nouvelle qui fait la manchette chaque année. Des feux volontaires, pour accélérer le déboisement de la plus grande forêt du monde. À partir de là  naît une crise planétaire entre les défenseurs de l’environnement et les partisans du développement économique du Brésil. Plusieurs dirigeants internationaux se sont indignés de cet incendie majeur, mais le Président Bolsonaro les a invités à prendre leur « gaz égal»;
  10. La marche sur le climat et Gretha Tunberg: C’est l’histoire d’une jeune fille qui a lancé un mouvement mondial pour réunir la planète lors d’une marche historique pour le climat. Selon le Times, Gretha Tunberg est la personnalité de l’année 2019.
  11. Attaques sur l’oléoduc en Arabie-Saoudite: une attaque lancée par des drones sur des installations pétrolières de la compagnie saoudienne Aramco, est venue compromettre la capacité de production de pétrole de l’Arabie-Saoudite. C’est environ 5% de la capacité de production mondiale qui a été touchée. Immédiatement après les attaques, les rebelles houthis du Yémen ont revendiqué le tout. Comme ceux-ci sont d’allégeance pro-iranienne, il n’en fallait pas plus pour que les Américains accusent l’Iran. Nous étions donc engagés dans une guerre de rhétorique entre le bloc saoudien et le bloc iranien.
  12. Condamnations en Catalogne et manifestations: Au mois d’octobre dernier, 12 leaders catalans ont été reconnus coupables de sédition et condamnés à purger entre 9 et 13 ans de prison. Rappelons les faits: ces condamnés ont organisé un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Il s’agissait d’un exercice démocratique qui s’est déroulé dans un pays que l’on dit démocratique, l’Espagne.   Il n’en fallait pas plus pour déclencher des manifestations monstres en Catalogne. 
  13. COP 25: La conférence présidée par le Chili, mais tenue à Madrid pour des raisons politiques, s’est soldé par un échec monumental. Dans un contexte où il y a urgence d’agir et que l’accord de Paris est voué à l’échec, dû au retrait des Américains, il faut se demander s’il y a vraiment une volonté politique pour lutter contre ce fléau climatique qui nous guette.

* Sortie de l’Union européenne, sans avoir une entente négociée entre les deux parties.

** Lorsque vous pensez que c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit.

 

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