L’abdication est la solution

Lors d’un cours que j’ai donné il y a quelques semaines, je parlais des différentes questions que l’on doit se poser avant de faire un achat. En ai-je les moyens et en ai-je de besoin ? Deux questions fort pertinentes. C’est à ce moment que j’ai tenté d’amener les étudiants dans un questionnement beaucoup plus philosophique : celui de réfléchir à notre responsabilité de consommateur. Est-ce que mon achat est respectueux de l’environnement, de nos producteurs locaux et du droit des travailleurs étrangers. Vous savez, lorsque nous achetons un produit fabriqué par des esclaves*, nous sommes complices de ce système. À ce moment, un élève a levé la main et m’a dit : « Ça ne donne rien de ne pas acheter ce produit, ça ne va rien changer ». J’ai été obligé de lui donner raison, mais j’ai tout de même insisté sur le pouvoir des actions collectives. Cette remarque m’a fait réfléchir, car ce jeune homme illustrait un problème de notre société : l’individualisme. Lorsque la situation semble périlleuse et exige une réponse collective, nous choisissons trop souvent la fuite, histoire de s’épargner des inconforts et ce, peu importe les conséquences pour les autres.**

L’environnement est un sujet vraiment très riche pour me fournir un argumentaire, car dans ce domaine, les idéaux sont grands. Nous avons le devoir de respecter la planète, mais que faisons-nous réellement ? La semaine dernière, la compagnie Transcanada a décidé d’abandonner son projet Énergie-est. Le Québec tout entier s’est réjouit de cette nouvelle. N’échappent pas à cette euphorie, j’ai moi-même célébré dans ma chaumière. C’est en entendant les récriminations du Premier ministre de l’Alberta, à l’encontre du Québec, que ma réflexion a évolué sur le sujet. D’entrée de jeu, il faut se le dire : le Québec a besoin de pétrole. En faisant ce constat, on peut se demander de qui on l’achète ? La réponse : de l’Arabie-Saoudite et du Vénézuela. Si vous voulez mon avis, on ne parle pas vraiment de pétrole vert ici et en prime, il vient de deux pays douteux au niveau du respect des droits humains. Je vous rappelle que l’Arabie-Saoudite est ce pays qui autorisera les femmes à conduire une voiture en 2018. Il serait légitime de se demander de quelle manière elles arriveront à faire leur angle mort ? Ici, je m’égare, mais c’était plus fort que moi… Donc, où m’en vais-je avec tout ça ?

Nous vivons dans une société égocentrique et hypocrite. Nous prêchons la vertu, mais la réalité est tout autre. Nos agissements ont des conséquences sur le monde en général, mais nous ne changeons pas nos habitudes de vie. J’étais contre Énergie-est, mais je continue à conduire la même voiture qui s’abreuve à même les réserves d’une monarchie archaïque qui brime les droits d’au moins la moitié de ses habitants. Évidemment, il est confortable de ne rien faire et de ne rien changer. Les conséquences de nos comportements n’auront pas vraiment d’impacts sur nos vies. On ne peut pas en dire autant pour nos enfants. Pourquoi ne pas faire un réel virage vert ? Un virage électrique, si vous voyiez ce que je veux dire. Une transition qui serait orchestrée par un gouvernement ayant une vision soucieuse de la collectivité. À cet égard, nous aurions l’obligation de se libérer des énergies fossiles. Question d’équité avec nos enfants. Malheureusement, il n’en est pas ainsi pour l’instant. Notre confort nous étouffe dans les GES. Dans ce contexte, je comprends les frustrations de l’Alberta et SVP, gardons-nous une petite gêne pour critiquer le retrait des Américains de l’entente de Paris. Comme eux, nous avons abdiqué nos responsabilités envers les générations futures et il ne faut jamais oublier que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

P.S. J’aurais pu développer mon argumentaire avec bien d’autres sujets. Notre consommation excessive, notre manque d’engagement politique, notre détachement à l’égard de l’évasion fiscale, etc.

*Je caricature un peu ici, mais pas tant que ça.
**Les autres habitants de la Terre ou les autres de la génération suivante.

3 réflexions sur “L’abdication est la solution

  1. Tres bonne blague sur les angles morts! Pipeline vs pays arabes, argument tres valides, pour en ajouter une couche il faut se poser aussi la question de pipeline vs train pour l’environnement… la preoccupation environnementale (je pense) doit etre d’anord vue sur une base relative plutot qu’une base absolue, surtout du dans un contexte educatif…

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