Les multinationales et la mondialisation

N.B. Cette semaine, je publie un extrait de mon essai de maitrise. Je me suis toujours intéressé aux travaux de Joseph Stiglitz et c’est dans ce contexte que j’ai décidé de résumer un propos qu’il a développé à l’intérieur des nombreux ouvrages qu’il a publié au courant de sa carrière. La thèse résumée était la suivante : les échecs de la mondialisation dû au néolibéralisme. Je m’excuse pour la longueur de cet article.

Les multinationales
On conteste de plus en plus les multinationales et ce, à travers le monde. Des documentaires sont produits (ex : The Corporation de Bakan, Abbott et Achbar ou Inside job de Charles H. Ferguson) pour dénoncer l’attitude de ces entreprises. Pourquoi sont-elles contestées ? Selon Stiglitz, « ces compagnies ne sont pas seulement riches, elles sont politiquement puissantes. Si les États décident de les taxer ou de les réglementer d’une façon qui ne leur plaît pas, elles menacent de s’en aller. Il y aura toujours un autre pays pour accueillir à bras ouverts leurs impôts, les emplois et leurs investissements[1]. » Cependant, il faut tout de même mentionner que ce sont les multinationales qui ont permis à la mondialisation de s’étendre et de permettre une amélioration du niveau de vie dans les pays en développement. Elles ont permis les transferts de produits, de services, de technologies, du savoir, éléments essentiels à la mondialisation. « Il est facile de comprendre pourquoi les multinationales ont joué un rôle aussi crucial dans la mondialisation. Seules des organisations géantes pouvaient s’étendre sur toute la planète et réaliser la jonction entre les marchés, la technologie, les capitaux du monde développé et les capacités de production des pays en développement[2]. »

Les échecs du marché

Puisque les multinationales sont au cœur de la mondialisation, on peut autant les blâmer des insuccès que les féliciter de leurs succès. Encore là, il ne faut pas se demander si la mondialisation est bonne, il faut se demander comment mieux la faire fonctionner. Comment faire pour minimiser les dégâts et maximiser les bienfaits pour les sociétés ? Pour l’heure, les critiques sont vives à l’égard des multinationales, notamment en ce qui a trait à leur conduite de la mondialisation. Stiglitz tient à défendre les multinationales d’une accusation qui n’est pas totalement injuste, à savoir que les firmes sont uniquement axées sur le matérialisme. Symptôme commun des sociétés industrialisées. Il n’en demeure pas moins qu’elles se conduisent plus ou moins de la bonne façon. Comment l’explique-t-il ?
1. Les entreprises ont pour objectif de gagner de l’argent et non de faire la charité;
2. Beaucoup d’économistes pensent que la mission première (et la seule) de l’entreprise est de satisfaire les actionnaires. Ce qui n’est pas en lien avec les bénéfices sociaux.
Ce système est injuste et conduit à des échecs du marché. Il y a échec du marché chaque fois qu’il y a des externalités, c’est-à-dire chaque fois où il y a des effets de l’action d’une multinationale dont ceux-ci ne paient pas les coûts ou que la société n’en reçoive pas les bénéfices[3]. Donc, pour que les entreprises soient efficaces, elles devraient absolument prendre en compte l’impact de leurs actes sur toutes les composantes de la société. En ce sens, lorsque l’État n’impose pas de réglementations et que la société civile ne s’implique pas, l’entreprise n’a aucune raison de respecter les ressources et les gens. À ça s’ajoute une corruption endémique dans les pays en développement, qui conduit les grandes entreprises à acheter les ressources d’un pays. « Il est bien moins coûteux de donner une grosse somme à une haute personnalité que de payer au prix du marché le pétrole ou une autre ressource naturelle[4].»

La responsabilité limitée

Il faut bien comprendre que le but ultime de la multinationale n’est pas de faire souffrir les gens, c’est plutôt de répondre aux volontés du marché, ce qui entre souvent en contradiction avec le bien-être des collectivités. Ce qui aggrave les choses, c’est le principe de la responsabilité limitée, qui est une caractéristique essentielle des entreprises. C’est une innovation juridique importante : « sans elle, il est pratiquement certain que le capitalisme moderne n’aurait pas pu se développer[5].» Cette responsabilité limitée comporte un avantage majeur : elle permet de capitaliser une entreprise de façon importante, sans le risque de tout perdre. L’effet pervers de tout cela : « une compagnie minière peut extraire de l’or, rapporter d’énormes profits à ses actionnaires et laisser derrière elle des résidus toxiques de déchets gorgés d’arsenic.(…) Quand l’État constate le problème, il exige une remise en état, la compagnie se déclare en faillite et laisse les problèmes aux pouvoirs publics. (…) Il faut nettoyer et réparer les dommages causés à l’environnement[6].» Ce qu’il faut comprendre de tout ça c’est qu’à responsabilité limitée, il faut considérer des préoccupations limitées pour le bien-être des gens où l’on exploite. Dans bien des cas, les dégâts sont souvent plus élevés que ce que l’exploitation a rapporté…

L’incitation au profit

La mondialisation a aggravé les effets pervers des incitations au profit, parce qu’elle a mis en concurrence des pays qui étaient prêts à tout pour attirer ces entreprises, ce qui a donné lieu à une enchère importante vers le bas. Tout ceci a, par exemple, conduit certains pays à négliger le droit des travailleurs et l’environnement. À cette concurrence malsaine, il faut ajouter le manque de conséquences dans les agissements des directeurs d’entreprises. En effet, la nature humaine étant ce qu’elle est, on n’a pas tendance à traiter nos employés locaux et notre environnement de la même façon que nos installations à l’étranger. Lorsque c’est à des milliers de kilomètres de chez nous, on se déresponsabilise rapidement. Pour se défendre, les entreprises prétextent que ce sont aux États de légiférer pour la protection de leurs travailleurs et leur environnement. Dans ce sens, pourquoi les multinationales dépensent-elles tant d’argent à lutter contre ces législations[7] ?

En conclusion
Sans les multinationales, la mondialisation n’aurait pas été possible. Malheureusement, elles œuvrent dans un système compétitif, où bien des pays, qui n’ont rien à perdre, sont prêts à tous les excès pour les attirer. À ça, il faut ajouter un système qui pousse les entreprises à faire du profit, le tout dans un cadre où l’investisseur n’est pas responsable de ses actes. Lorsque je suis un investisseur et que mon planificateur financier vient me voir, je ne m’inquiète pas de la qualité de vie des Papous. Je veux qu’il me montre des chiffres positifs. Pour y arriver, les multinationales sont prêtes à bien des tours de magie, pour me satisfaire et ce, même au détriment de jeunes enfants.

[1] Stiglitz, Un autre monde, P.318.
[2] Ibid. p334.
[3] Par exemple, les activités d’une compagnie causent des dégâts à l’environnement et transfert les coûts du nettoyage au gouvernement, c’est-à-dire la société. Le plan Nord du Québec l’illustre bien :on parle d’investissements de compagnies privées pour l’exploitation de nos ressources, mais pour que ça soit possible il faudra que le gouvernement du Québec investisse des centaines de millions de dollars pour développer les infrastructures nécessaires à l’exploitation des ressources naturelles du sous-sol nord québécois.

[4] Stiglitz, Un autre monde, P.322.
[5] Ibid. p.328.
[6] Ibid. p.329.
[7] Dans le cadre du chapitre 11 de l’ALÉNA, une entreprise peut poursuivre un pays qui a fait une loi qui pourrait causer du préjudice à ses profits potentiels.

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