La peur ou l’espoir

Cette fin de campagne électorale me donne le goût d’écrire. Lorsque j’entends les gens hésiter parce que certains politiciens brandissent l’épouvantail d’un éventuel référendum, je ne peux rester muet. Entendons-nous : j’ai 54 ans et j’ai voté pour le « Oui » en 1995. Depuis 1994, date à laquelle j’ai pu commencer à exprimer mon droit de vote, j’ai toujours choisi d’appuyer le Parti québécois et ce malgré son grand passage à vide de la période post-défaite référendaire de 1995.  Une période où les indépendantistes ont dû se tenir au rancart et vivre dans la honte de vouloir être indépendants plutôt que dépendants. Toutefois, l’objectif de cette chronique n’est pas de faire la démonstration du bien-fondé de l’indépendance, mais d’essayer de démontrer à quel point la tenue d’un référendum n’est pas une catastrophe.

Exercice démocratique

Lors de cette campagne électorale, il y a eu une enflure verbale de trois partis politiques au sujet des autobus référendaires. Milliard et Fréchette seraient au volant de l’autobus du « Non » et Duhaime s’organiserait pour que les autobus ne sortent pas du garage. Ils ne veulent pas d’un autre référendum. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les gens qui ont 49 ans et moins n’ont jamais eu la chance de s’exprimer sur la possibilité de devenir un pays, s’exprimer sur la possibilité de s’émanciper. Lorsqu’on balance dans les médias cette opposition référendaire, ces citoyens qui, on en-bas de presque un demi-siècle, ne savent même pas de quoi on parle. Personnellement, je trouve ça méprisant et irrespectueux à leur égard.  Pour l’avoir vécu en 1995, malgré la défaite de mon camp, ce fut une période fantastique où les débats étaient animés et émotifs. Une période extrêmement fertile pour la politisation de la société en général. Un exercice démocratique extraordinaire où près de 94 % des gens avaient exercé leur droit de vote.1 À cet égard, rien à voir avec le taux de participation aux élections provinciales.2

Rapport de force

Au Québec, nous avons décidé d’utiliser le référendum, un outil démocratique pour pouvoir nous émanciper. Rien de mieux pour obtenir la légitimité du peuple québécois pour le faire, malgré le fait que le gouvernement fédéral peut contrecarrer notre démocratie avec la loi sur la clarté référendaire. 3Il existe d’autres moyens de faire l’indépendance. Notamment, un gouvernement pourrait déclarer l’indépendance unilatéralement après son élection, comme le Kosovo en 2008. Ce principe démocratique nous amène à aller chercher un rapport de force avec Ottawa. Dans cette campagne, il y a trois positions qui sont présentées par les différents partis. Tout d’abord, il y a les indépendantistes qui veulent faire un référendum. Dans ce contexte, le rapport de force est intéressant, car il amène le gouvernement fédéral à avoir peur de l’indépendance du Québec. Cette éventualité est un puissant levier de négociation, comme l’Alberta est en train de le faire.4 Deuxièmement, il y a les autonomistes, qui veulent aller chercher des pouvoirs en menaçant de déchirer leur chemise en cas de refus. Cette posture est vouée à l’échec, car elle n’apporte aucun levier de négociation. Finalement, il y a les fédéralistes qui mentionnent d’emblée qu’ils vont collaborer. À ce niveau, il est impossible de faire des gains, la technique de la carpette ne peut pas fonctionner.

En terminant, il est important de se rappeler que la dernière consultation démocratique sur notre avenir remonte à 1995. Plusieurs électeurs n’ont jamais eu la chance de se prononcer sur cette importante question. Un processus démocratique qui amènerait les gens à se questionner et à débattre. Le débat est sain en démocratie et il est vecteur de changements. À cet égard, il devrait y avoir une consultation tous les 10 ans sur notre avenir et sur notre appartenance à un pays dont nous n’avons jamais signé la constitution. Il s’agit ici d’opposer un processus démocratique à un processus qui fut antidémocratique. Enfin, l’élection de demain nous propose un choix : celui de la peur et de la mentalité du « né pour un petit pain » ou celui de l’espoir et de la confiance en ce que nous sommes comme peuple. 

  1. Même M.Larose, un anarchiste notoire, avait voté. Ce fut la seule fois de sa vie.
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  2. Historique du taux de participation électorale. (2026, 24 septembre). Élections Québec. https://www.electionsquebec.qc.ca/resultats-et-statistiques/historique-du-taux-de-participation-electorale/
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  3. Direction des services législatifs. (2026, 28 septembre). Lois codifiées, Loi donnant effet à l’exigence de clarté formulée par la Cour suprême du Canada dans son avis sur le Renvoi sur la sécession du Québec. https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/c-31.8/page-1.html
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  4.  2026 Alberta référendum. (s. d.). https://albertareferendum2026.ca/ ↩︎