La suite de l’histoire

L’opération conjointe menée en Iran par les gouvernements américain et israélien contre la dictature islamique nous fait craindre le pire. L’ayatollah Khamenei est mort, mais le régime des mollahs ne va pas disparaître pour autant. Il combattra et se servira de son atout premier pour donner la réplique, soit le détroit d’Ormuz. Ce petit goulot d’étranglement du Golfe persique où circule 20 % du pétrole et 20 % du gaz liquéfié produit quotidiennement à l’échelle planétaire.

Dans ce contexte, je ne peux pas croire que Nétanyahou et Trump n’aient pas prévu la réplique potentielle. Toutefois, dans cet article, je ne m’attarderai pas aux conséquences de cette intervention, mais aux trois scénarios possibles pour la succession de Khamenei. Comme la nature a horreur du vide, qui s’imposera ?

  1. Le successeur de Khamenei

À la mort de l’Ayatollah, un comité de quatre-vingt-huit experts doit se réunir pour lui trouver un successeur. Ce comité, qui est âgé en moyenne de 65 ans et qui est composé de cinquante-deux hommes nés dans les années 1950, doit trouver la perle rare qui devra assurer l’héritage de Khomeini et de Khamenei. Cet homme devra gouverner un pays où l’âge médian de la population est de trente-trois ans et reprendre le contrôle absolu de Khamenei. Il est à noter que celui-ci commandait les forces armées, exerçait une surveillance sur le pouvoir judiciaire, contrôlait les institutions électives,1 prenait les décisions au sein d’un comité extrêmement restreint et, selon une enquête menée par Reuters, était à la tête d’un empire commercial qui était évalué à 95 milliards de dollars en 2013. À ce niveau, il n’est pas étonnant que l’on entende ces jours-ci que c’est le second fils de Khamenei qui prendrait la relève. Bien qu’il ne fasse pas partie du comité des experts, il est le favori pour remporter la course et est déjà très actif en coulisse pour assurer son héritage.

  1. L’héritier du Shah d’Iran

En 1979, lorsqu’il y a eu la révolution islamique menée par Khomeyni, l’Iran était dirigé par la dynastie des Pahlavi depuis 1925. La révolution a poussé le dernier chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, à quitter le pays et amènera avec lui sa famille dans un exil qui dure depuis 1979. Mort en 1980, ses descendants s’établissent aux États-Unis. Avec la chute de Khamenei, Reza Pahlavi, fils de Mohammad qui habite à Washington, rêve d’un retour en force en Iran. Bien qu’il multiplie depuis des années les prises de parole pour dénoncer le régime en place, il aurait besoin de soutien de la part des Occidentaux pour se hisser au pouvoir. Il serait étonnant qu’il obtienne ce soutien, car il serait contre-intuitif de soutenir une future autocratie pour remplacer une théocratie. Dans ce domaine, tout est possible, car il ne faut pas oublier que le gouvernement de Joe Biden a fini par appuyer les Talibans en Afghanistan en 2021. Après vingt ans de guerre lasse où l’on voulait implanter la démocratie, l’administration américaine a dû se résoudre à soutenir un groupe de barbus rétrogrades qu’ils étaient venus chasser en 2001.

  1. La démocratie 

Le scénario à privilégier pour la suite des choses est bien évidemment l’implantation d’une démocratie. Comme l’a déjà mentionné Churchill : « La démocratie est le moins pire de tous les systèmes. » Dans ce cas, on ne peut pas être contre le sucre à la crème. Tout est en place en Iran pour l’établissement d’une démocratie. Il ne faut pas oublier qu’il y a une tradition élective en Iran depuis 1979. La population est jeune et rêve de liberté. Surtout les jeunes femmes. Toutefois, il faudra respecter le rythme des Iraniens et il faudra leur donner un coup de main. Les États-Unis et Israël ont décapité la tête du serpent, mais comme l’hydre d’eau douce, elle va repousser. Le peuple aura besoin d’aide, car bien qu’il existe une opposition en Iran, ils n’ont pas les moyens, ni les capacités pour venir à bout des gardiens de la révolution. De plus, il faudra respecter ce que les Iraniens voudront. Il ne faudra pas faire les mêmes erreurs qui ont été faites en Irak et en Afghanistan, à savoir d’imposer une démocratie selon nos perceptions d’occidentaux. À ce titre, Donald Trump a déjà mentionné qu’il voulait choisir le successeur de Khamenei.

Quel scénario retenir ?


Tout d’abord, mettons de côté l’éventualité du retour de la dynastie des Pahlavi. Il leur faudrait du soutien important de la communauté internationale et de la population. Pas sûr qu’il y ait une soif importante pour donner les clés à des exilés américains pour diriger l’Iran. Il faut plutôt regarder du côté d’un scénario catastrophe. Un régime qui s’accroche et qui va lancer des fatwas2 contre Donald Trump et Benjamin Netanyahou. Une démocratie qui voudra émerger et qui sera soutenue militairement par les Américains. Pour ce faire, on n’hésitera pas à soutenir des groupes naturellement opposés au régime, notamment les Kurdes. Face à cela, un groupe d’individus prêts à tout pour conserver leur mainmise sur le pays. Un scénario qui nous conduira vers une guerre civile de plusieurs années et qui va complètement déstabiliser le Moyen-Orient.3

Michel Bouchard


  1. Il est à noter qu’il y a des élections à la présidence de l’Iran. C’est le Président qui est imputable devant les électeurs, mais c’est l’Ayatollah qui tire à peu près toutes les ficelles. Il est important de comprendre que ce président, bien qu’élu par la peuple, est le candidat du guide suprême. ↩︎
  2. Il s’agit d’un avis juridique pour guider les musulmans dans leur pratique religieuse. Ça peut aller jusqu’à une condamnation à mort.
    ↩︎
  3. Ceci dit, je n’ai pas de boule de crystal, il s’agit simplement de mon humble avis. ↩︎

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